D'un côté, des calendriers en ligne qui colorient chaque jour du mois en vert ou en rouge selon la phase de la Lune, et promettent une repousse plus rapide aux coupes faites en lune croissante. De l’autre, une étude de terrain sur le rythme de pousse des cheveux, menée à Sheffield avec un relevé tous les 28 jours, qui n'a trouvé qu'un cycle : celui des saisons.
Entre la tradition et les mesures, il reste à comprendre d'où vient cette règle, ce que disent exactement ces calendriers et comment pousse un cheveu, pour décider s'il vaut la peine de caler son prochain coup de ciseaux sur le ciel.
Couper ses cheveux avec la lune : d'où vient la tradition
La croyance s'inscrit dans une famille plus large : semer, tailler la vigne, mettre le vin en bouteille ou s'épiler selon la lune. Le raisonnement est toujours le même. Puisque la Lune soulève les océans par les marées, elle agirait aussi sur la sève des plantes, puis, par extension, sur les liquides et les cellules du corps humain. Le cheveu, qui pousse en continu, s'est prêté naturellement à ce principe.
Plusieurs strates se superposent dans les calendriers capillaires actuels :
- la phase de la lune (nouvelle lune, croissante, pleine, décroissante), la plus ancienne et la plus répandue ;
- la position de la Lune dans le zodiaque, empruntée à l'astrologie, qui classe les jours en signes de feu, de terre, d'air et d'eau ;
- la lune montante ou descendante, reprise des calendriers de jardinage biodynamique.
Les deux dernières couches relèvent de l'astrologie et de la biodynamie. Seule la première décrit un phénomène astronomique directement visible.
Les règles du calendrier lunaire pour la coupe de cheveux
Les calendriers lunaires de coupe de cheveux ne s'accordent pas tous entre eux, mais un socle commun revient d'un site à l'autre. Le tableau ci-dessous résume ces consignes telles qu'elles sont présentées par leurs adeptes, sans qu'aucune n'ait été vérifiée expérimentalement.
| Moment lunaire | Ce qu'affirme la tradition |
|---|---|
| Lune croissante | Repousse plus rapide, pour qui veut gagner en longueur |
| Pleine lune | Jour jugé le plus favorable, cheveux plus forts et brillants |
| Lune décroissante | Repousse ralentie, coupe courte qui tient plus longtemps |
| Nouvelle lune | Jour à éviter, cheveux réputés affaiblis |
| Lune en signe d'eau | Coupe qui perdrait vite sa forme |
Certains calendriers ajoutent des nuances selon le signe traversé : les signes de feu pour le volume, les signes de terre pour la solidité, les signes d'air pour la légèreté. D'autres étendent la logique à la barbe et à l'épilation, avec la même promesse inversée : épiler en lune décroissante pour que les poils repoussent moins vite.
Lune croissante ou lune montante : deux cycles que l'on confond
Une source fréquente d'erreur tient au vocabulaire. Beaucoup d'internautes cherchent « la lune pour couper les cheveux » en pensant à la lune montante, alors que les calendriers capillaires parlent le plus souvent de lune croissante. Ce sont deux phénomènes différents.
La lune croissante désigne la partie éclairée visible depuis la Terre. Selon la NASA, le Soleil éclaire toujours une moitié de la Lune, et la portion de cette moitié que l'on aperçoit change à mesure que la Lune tourne autour de la Terre. Le cycle complet des phases, de nouvelle lune en nouvelle lune, dure environ 29,5 jours et compte huit phases : nouvelle lune, premier croissant, premier quartier, lune gibbeuse croissante, pleine lune, lune gibbeuse décroissante, dernier quartier et dernier croissant.
La lune montante décrit autre chose : la hauteur à laquelle la Lune culmine dans le ciel d'un jour à l'autre. Ce mouvement suit la révolution de la Lune autour de la Terre, que la NASA chiffre à 27,322 jours, et non la lunaison. Les deux cycles n'ont donc pas la même durée et glissent l'un par rapport à l'autre : une lune peut être à la fois croissante et descendante. D'où une partie des contradictions entre calendriers.

La pousse du cheveu se joue sous la peau
Pour juger de l'effet possible d'une date de coupe, il faut savoir où naît le cheveu. Toute la fabrication a lieu dans le follicule pileux, sous le cuir chevelu. La tige que l'on coupe, au-dessus de la peau, est une fibre de kératine qui ne contient plus de cellules en division. Couper cinq centimètres de pointes ne transmet aucun signal au bulbe : il ne sait pas que la longueur a changé.
Chaque follicule suit un cycle en trois temps : une longue phase de croissance (anagène), une courte phase de transition (catagène), puis une phase de repos (télogène) au terme de laquelle le cheveu tombe et laisse la place au suivant. Les follicules ne sont pas synchronisés, ce qui évite de perdre tous ses cheveux d'un coup. Le rythme de ce cycle dépend de facteurs mesurables : génétique, âge, hormones, état de santé, alimentation.
La vitesse de pousse elle-même varie d'une personne à l'autre. Une étude menée par L'Oréal Recherche sur 2 249 jeunes adultes de 24 groupes d'origine différente, publiée en 2016 dans l'European Journal of Dermatology, a mesuré la densité, la proportion de cheveux au repos et la vitesse de croissance sur trois zones du crâne. Elle conclut à une grande diversité, liée à la zone du cuir chevelu, au sexe et à l'origine géographique : les cheveux d'origine africaine y poussent en moyenne plus lentement, ceux d'origine asiatique plus vite.
Si le cheveu semble repousser plus dru après une coupe, c'est un effet d'optique : une pointe nette, coupée droit, paraît plus épaisse qu'une pointe effilée par l'usure. Le diamètre de la fibre, lui, est fixé au niveau du follicule. Pour les personnes inquiètes d'une perte de densité, le sujet n'est pas la date de coupe mais le cycle pilaire, abordé dans l'article consacré à la chute de cheveux et aux signes qui doivent alerter.
Lune et cheveux : ce que la recherche a vraiment mesuré
Une interrogation de PubMed, la base de référence de la littérature biomédicale, associant « moon » ou « lunar » à « hair growth » renvoie une cinquantaine de références : aucune ne teste l'effet d'une phase lunaire sur la pousse des cheveux humains. Les résultats portent sur les poils absorbants des racines de riz, les cellules ciliées de l'oreille interne ou des extraits végétaux contre l'alopécie. L'absence d'étude ne prouve pas l'absence d'effet, mais elle signifie qu'aucune promesse chiffrée d'un calendrier lunaire ne repose sur une observation publiée.
À l'inverse, un rythme du cheveu a bien été mesuré : celui des saisons. En 1991, Valerie Randall et Francis Ebling ont suivi pendant dix-huit mois quatorze hommes en bonne santé à Sheffield, au Royaume-Uni, avec un relevé tous les 28 jours, presque un pas lunaire. Publiés dans le British Journal of Dermatology, leurs résultats montrent un pic unique de plus de 90 % de follicules en croissance en mars, suivi d'une baisse régulière jusqu'en septembre. La chute atteignait alors environ 60 cheveux par jour, plus du double de l'hiver précédent.
Ce protocole, avec des mesures espacées de 28 jours sur plus d'un an, aurait pu faire apparaître une ondulation mensuelle. Ce qui ressort est un cycle annuel, pas lunaire. L'étude reste petite, limitée à des hommes d'une même région, mais elle rappelle que les variations que l'on ressent (cheveux qui tombent davantage à la rentrée, par exemple) ont une explication saisonnière documentée.

Choisir la date de sa coupe sur des critères concrets
Si la lune ne gouverne pas la repousse, la question du bon moment pour couper reste légitime. Plusieurs critères pèsent réellement sur le résultat :
- l'état des pointes : des fourches qui remontent le long de la fibre ne se réparent pas et obligent à couper plus haut si l'on attend ;
- le type de coupe : un carré net ou une coupe courte se déforment en quelques semaines, une coupe longue dégradée tolère un rythme plus espacé ;
- les projets : mariage, photos, entretien d'embauche, avec un délai de quelques jours pour que la coupe se pose ;
- la nature du cheveu : des boucles se coupent souvent à sec pour juger du rebond, des cheveux fins gagnent en apparence de volume avec des pointes nettes.
Le choix de la coupe elle-même compte davantage que la date. Les repères pour l'adapter à la forme du visage et à la texture se trouvent dans le guide pour choisir sa coupe de cheveux selon son visage. Pour un rendez-vous réussi, mieux vaut arriver avec des photos, une idée de l'entretien acceptable au quotidien et des questions précises, ce que détaille le guide Préparer son rendez-vous coiffeur.
Les coupes très courtes, qui demandent un rafraîchissement fréquent de la nuque et des contours, sont celles où un calendrier rigide pose le plus de problèmes : attendre la prochaine lune décroissante peut signifier deux semaines de contours flous. Les rythmes d'entretien propres à ces coupes sont détaillés dans l'article sur les coupes courtes et leur entretien.
Utiliser un calendrier lunaire coupe cheveux sans se piéger
Suivre la lune pour se couper les cheveux n'a rien de dangereux. C'est souvent un rituel, ou un moyen simple de fixer un rythme régulier. Quelques précautions évitent d'en faire une contrainte :
- Vérifier de quel cycle parle le calendrier. Croissante et montante ne désignent pas la même chose ; un calendrier sérieux le précise. Les dates des phases peuvent être contrôlées auprès d'une source astronomique, comme les éphémérides de l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE) de l'Observatoire de Paris.
- Garder une marge. Une lunaison dure environ un mois : chaque phase revient donc à peu près toutes les quatre semaines, ce qui correspond au rythme d'entretien de nombreuses coupes courtes. Viser une fenêtre de plusieurs jours plutôt qu'une date unique rend le calendrier compatible avec un agenda chargé.
- Ne pas repousser une coupe nécessaire. Des pointes cassantes ou une coupe déformée justifient un rendez-vous, quelle que soit la phase.
- Ne pas en attendre un soin. Une chute marquée, des plaques sans cheveux ou un cuir chevelu irrité relèvent d'un avis médical, d'un médecin généraliste ou d'un dermatologue, et non d'un changement de date de coupe.
Questions fréquentes
Quelle lune pour couper les cheveux ?
Les calendriers traditionnels recommandent la lune croissante, et surtout la pleine lune, pour favoriser la repousse, et la lune décroissante pour qu'une coupe courte tienne plus longtemps. Ces règles relèvent de la tradition : aucune étude publiée ne les confirme.
Se couper les cheveux à la pleine lune les fait-il pousser plus vite ?
Rien ne l'indique. La pousse se décide dans le follicule, sous le cuir chevelu, et la fibre coupée ne transmet aucun signal au bulbe. Les variations mesurées de la croissance sont saisonnières, avec un pic de follicules en croissance au printemps dans l'étude de Randall et Ebling.
Quand ne pas se couper les cheveux selon la lune ?
Les calendriers lunaires déconseillent la nouvelle lune et les jours où la Lune traverse un signe d'eau (Cancer, Scorpion, Poissons). Il s'agit d'une règle astrologique, sans fondement mesuré : une coupe faite ces jours-là ne se tient pas moins bien qu'une autre.
Où trouver un calendrier lunaire des cheveux pour 2026 ?
Les sites de calendrier lunaire publient des pages mois par mois. Les dates des phases elles-mêmes sont des données astronomiques que les éphémérides de l'IMCCE permettent de vérifier. Les couleurs « favorable » ou « défavorable » ajoutées par ces sites restent une interprétation.
La lune influence-t-elle aussi la barbe et l'épilation ?
Les mêmes calendriers appliquent la même logique aux poils du visage et du corps. Les mesures disponibles vont dans un autre sens : l'étude de Sheffield a observé une barbe qui pousse le plus lentement en janvier et février, puis accélérer jusqu’en juillet pour dépasser d’environ 60 % son niveau hivernal, un rythme saisonnier et non mensuel.
Sources et références
- NASA Science, Moon Phases — science.nasa.gov
- PubMed, Randall VA, Ebling FJ, Seasonal changes in human hair growth, Br J Dermatol 1991 — pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- PubMed, Loussouarn G et al., Diversity in human hair growth, diameter, colour and shape, Eur J Dermatol 2016 — pubmed.ncbi.nlm.nih.gov




